Uwe Michael Lang a vulgarisé son ouvrage de l’histoire de la messe (Uwe Michael LANG, The Roman Mass : From Early Christian Origins to Tridentine Reform, Cambridge University Press, Cambridge, 2022) en une série d’articles diffusés dans AB Insight, la lettre d'information mensuelle d'Adoremus. Une brève histoire de la messe dans le rite romain est la reprise de ces articles qui forment un tout homogène. Ce n’est donc pas un ouvrage d’érudition, mais l'A. parvient en très peu de pages à donner les enjeux des grandes époques de l’histoire de la liturgie romaine. Le traitement des origines bibliques de l’Eucharistie est court mais complet. L'A. traite ensuite sans longueur les siècles qui sont habituellement très développés dans les ouvrages de ce type qui voient dans le IVe siècle l’âge d’or de la liturgie. L'A. les traite sans s’appesantir, et parvient ensuite à donner un volume égal à des périodes souvent raccourcies, le haut Moyen Âge et le Moyen Âge. Un des buts de l’ouvrage est justement de redonner de l’importance à une période que l’on qualifie trop souvent de sombre pour l’histoire de la liturgie, par une grande méconnaissance des sources. L'A. arrive ainsi à consacrer 10 chapitres à la période qui part de la paix constantinienne jusqu’à la réforme du concile de Trente, en passant du développement de la liturgie romano-franque à l’influence des Franciscains sur la liturgie romaine par l’Indutus Planeta (document du XIIIe siècle, créé par Haymo de Faversham qui unifia les pratiques liturgiques des Franciscains et influença la messe romaine jusqu'aux années 1960).
Après avoir traité en trois chapitres la période tridentine, l'A. ne cache pas une certaine réserve sur la mise en œuvre de la réforme liturgique contemporaine : « L'accent sur la révision des formes a contribué à une notion autonome du culte qui ne transcende pas l'expérience ordinaire et n'est pas transparente à la présence sacramentelle du Christ. […] L'hypothèse au moins tacite de la réforme liturgique était que les formes rituelles peuvent facilement être échangées et remplacées par leurs antécédents historiques. Cependant, un tel changement rituel peut avoir un effet néfaste durable sur le système de communication symbolique en tant que tel, en suggérant que le rituel n'a finalement aucune importance. » (p. 150). Dans un dernier chapitre, l'A. revient sur le processus actuellement nommé « réforme de la réforme », déplorant une façon un peu sauvage de mélanger formes modernes et anciennes : « À notre sens, Benoît XVI avait à l'esprit un processus lent et graduel qui devait commencer avec Summorum Pontificum et qui aboutirait finalement à un “enrichissement mutuel” des deux formes. » (p. 157). Ces quelques remarques sont faites dans un grand respect du magistère, s’appuyant sur cette parole de Benoît XVI : « Si l'on estime que tout n'est pas réussi dans cette réforme, que certaines choses seraient à réformer, voire auraient besoin d'un réexamen, on n'est pas pour autant un adversaire du Concile » (J. RATZINGER, « Quarantième anniversaire de la constitution sur la sainte liturgie », cité p. 160). L’ouverture finale salue le mouvement du Pape François qui, dans Desiderio Desideravi, invite à redécouvrir les fondamentaux de la réforme et repartir de Sacrosanctum Concilium pour envisager l’avenir des formes liturgiques.
On retiendra surtout l’équilibre que l’A. arrive à donner à chaque période de l’histoire de la messe, donnant en quelques pages les grands événements et enjeux. Les considérations liturgiques finales manquent parfois d’appui théologique, mais le format de l’ouvrage ne le permet sans doute pas.
fr. Antoine Odendall, o.p.