La mortification dans la spiritualité catholique contemporaine (C. Binachon)

Recension par Philippe-Marie Margelidon
Clément BINACHON, La mortification dans la spiritualité catholique contemporaine, « BRT », Parole et Silence, 2024, 1 vol. de 162 p.

Voici un livre bienfaisant sur un sujet très rarement abordé en théologie. La mortification, par-delà ses dimensions pénitentielles, quoique très présentes dans l’histoire ancienne de la spiritualité, n’a pas la faveur des chrétiens et encore moins des théologiens. Le P. Binachon s’emploie, avec rigueur et précision, dans une visée à la fois théologique et spirituelle, à y mettre de la lumière, à en montrer les fondements, les bienfaits et la nécessité pour une authentique vie chrétienne. Son expression sensible et extérieure est tout au service de la mortification intérieure, et de l’élan spirituel de foi et de charité qui en est le principe.

Trois chapitres coordonnés analysent les raisons de la disparition de la mortification. Le premier en fait l’histoire, plus exactement il repère les phases du passage, parfois brutal, dans l’immédiat après deuxième guerre, sur la longue durée, de ce qui était jusqu’au tout début du vingtième siècle une « évidence» à ce qui est devenu un « tabou » au début du vingt et unième siècle. Cent ans d’histoire d’un « effacement », dont le deuxième chapitre étudie les motifs idéologiques, à savoir les changements culturels, externes et internes, du catholicisme, ce qui correspond à la mutation anthropologique de la modernité tardive. L’A. note le changement de paradigme anthropologique à l’effacement de l’eschatologie, du péché originel, de la rupture, plus ancienne mais consommée, entre morale et spiritualité et la tyrannie du bonheur, matériel et corporel, ici et maintenant.

Le chapitre troisième propose une « réintégration théologique de la mortification » en redonnant à la théologie sa fonction architectonique. Cette théologie spirituelle doit tenir compte des données des sciences humaines, en particulier de la sociologie et de la psychologie, et « retrouver l’unité dynamique de la vie spirituelle » en ordonnant la vie morale à la vie théologale. La fonction intégrative de la mortification dans la vie chrétienne, au service de la grâce et des vertus, est mise en lumière avec clarté et pondération. Nous ferons une petite réserve, très marginale, sur la soi-disante charité « pénitente » du Christ et la vertu « acquise » de pénitence, l’une et l’autre inexistantes chez saint Thomas (cf. notre ouvrage, De quelques vertus oubliées, « Patrimoines thomistes », Cerf, 2023, p. 258-261, 268-276). Le P. Binachon offre au théologien, au prédicateur, au chrétien, un livre « salutaire », le mot n'est pas trop fort, dont il vient de proposer une version appliquée pourrait-on dire, pastorale et pratique, à recommander à tous : Clément Binachon, L’entraînement et la grâce. Spiritualité de l’effort et du carême, Cerf, 2025. 

fr. Philippe-Marie MARGELIDON, o.p.