Michel Villey considère saint Thomas comme une figure majeure de la pensée juridique, tout en refusant d’être un simple interprète ou disciple. Sa lecture de saint Thomas s’articule autour de deux points principaux : la distinction entre le droit et la loi, et l’importance des lois justes. Pour Villey, Saint Thomas définit le droit comme « la chose juste elle-même » (ipsa res justa), une réalité objective qui doit être découverte dans les relations entre les membres de la cité. Cette conception s’inscrit dans la continuité d’Aristote et éclaire l’expérience juridique romaine. Concernant les lois, Villey souligne qu’elles dépendent de ce qui est juste et non l’inverse, servant d’instruments pour atteindre le juste et le bien commun. Il apprécie chez Saint Thomas sa vision « laïque mais non laïciste » qui donne toute sa place à la loi humaine et naturelle. Pour Villey, Saint Thomas représente non seulement le sommet de la tradition du droit naturel classique, mais aussi un pivot historique et une lumière pour remédier aux problèmes de la modernité juridique. Sa pensée permet d’harmoniser la compréhension aristotélicienne du droit avec la jurisprudence romaine et la théologie catholique.
Le plus illustre professeur de mon université », c’est en ces t rmes que Michel Villey évoquait parfois devant ses étudiants la figure de saint Thomas. On peut lire aussi sous sa plume un très bel et pieux hommage au Docteur angélique. Pourtant Michel Villey ne s’est jamais présenté comme un interprète ou un exégète de saint Thomas car « il y a un sérieux danger que le “thomisme” ne soit le contraire de saint Thomas ». Après avoir beaucoup puisé chez Aristote, il s’est tourné vers saint Thomas de manière assidue afin de nourrir sa réflexion sur le droit. Chacun sait que la pensée de Michel Villey s’articule le plus souvent autour de l’opposition entre les conceptions classiques et les conceptions modernes du droit. Les classiques, ce sont essentiellement, pour Villey, Aristote, le droit romain, et enfin saint Thomas. Saint Thomas tient donc une place privilégiée, tant dans son analyse de l’histoire de la pensée juridique que comme source de sa réflexion et de son exposé de sa philosophie du droit. Sans aucun doute, Michel Villey aurait-il aussi certainement refusé d’apparaître comme un penseur original au sein de la tradition classique dont il se voyait plutôt comme un transmetteur que comme un créateur. Il aurait aussi récusé d’être présenté comme un simple disciple de saint Thomas, tout en reconnaissant à de nombreuses reprises sa dette à l’égard du Docteur angélique. Cette dette peut s’articuler autour de deux points majeurs dans la pensée villeyienne : tout d’abord la distinction du droit et de la loi, puis la majesté des lois lorsqu’elles sont justes.