Actualité du droit de la responsabilité thomiste

Marc Dupré
8,00 € l'unité
2025 - Fascicule n°3 2025 - Tome CXXV
125
CXXV
Septembre 2025
3
2025
445 - 463
Article
droit

Résumé

Si Thomas d’Aquin n’est pas juriste, les développements de la Somme de théologie consacrés à la vertu de justice donnent néanmoins des pistes de réflexion pour le juriste de droit positif. Cela est particulièrement vrai dans le domaine de la responsabilité extracontractuelle où la « raison de la dette » est centrale. La Somme peut apporter un éclairage dans les débats doctrinaux, législatifs et jurisprudentiels contemporains relatifs à cette matière, tant au niveau de la compensation de l’atteinte que sur les causes justifiant cette compensation.

Extrait

Le titre de cette intervention est un peu provocateur. 700 ans après sa canonisation l’Aquinate n’est pas connu pour ses écrits relatifs aux accidents de la circulation sur les routes entre le Mont-Cassin et Paris, ni pour ses analyses des produits défectueux à la cour de saint Louis. Thomas d’Aquin n’est pas un juriste. C’est avant tout un théologien du XIIIe siècle.
Il convient donc de resituer les développements qui vont suivre tant sur la matière de l’étude que sur l’époque de la rédaction. Il ne sera pas ainsi traité d’un certain nombre de vertus et de vices que l’Aquinate relie à la vertu de justice (religion, piété, respect, dulie, obéissance, superstition, idolâtrie, divination, désobéissance, etc.), ni de certains actes allant contre celle-ci (parjure, sacrilège, simonie), lesquels sont très éloignés du droit civil contemporain.
Il conviendra également de remettre dans leur contexte certains développements. Il reste extrêmement difficile et sans doute factice pour une personne de notre temps de penser en homme du xiiie siècle. Par exemple, l’enjeu social (et moral) de l’usure en France à notre époque est sans commune mesure avec ce qu’il était au temps de Thomas d’Aquin, lequel y consacre une question entière dans la Somme de théologie. Il est également essentiel de bien replacer la portée des développements relatifs à l’esclavage ou à la correction paternelle dans son temps et dans les mœurs de l’époque.