La ville universitaire de Coimbra se conçoit dès les années 1880 comme le centre du mouvement thomiste au Portugal, afin de satisfaire le mot d’ordre de l’encyclique Aeterni Patris (1879). Pourtant, le regain du thomisme juridique est surtout le fruit d’une réaction initiée dans les années 1910 : celle des étudiants puis professeurs de la Faculté de droit coïmbrienne, les futurs cathédocrates, face aux menées anticléricales de la Ire République. En vertu de son éclectisme, la Faculté de droit coïmbrienne s’était en effet ouverte, tout au long du XIXe siècle, au positivisme sociologique et organiciste, au scientisme, au naturalisme, à l’évolutionnisme et à l’utilitarisme. La réplique, lancée à partir de 1913, tend au contraire à redécouvrir les racines thomistes et scolastiques du Portugal, afin de repenser la méthodologie et plusieurs concepts du droit dans un sens éthique. Dans les années 1930, elles servent à justifier et commenter la superstructure constitutionnelle et les infrastructures juridiques de l’Estado Novo bâti par les cathédocrates.
Le regain du thomisme juridique au Portugal est le fruit d’une réaction initiée dans les années 1910 : celle des étudiants puis professeurs de la Faculté de droit de Coimbra, futurs cathédocrates. Toutefois, avant de se focaliser sur les aspects juridiques, cet élan débute au niveau du diocèse. Ville universitaire par excellence, Coimbra se conçoit dès les années 1880 comme le « centre du mouvement thomiste au Portugal », satisfaisant ainsi le mot d’ordre lancé par l’encyclique Aeterni Patris du 4 août 1879 : Léon XIII invite alors les évêques à réactiver la doctrine de Thomas d’Aquin et la scolastique afin de défendre la foi catholique, d’œuvrer pour le bien commun et enfin de promouvoir les sciences, en faisant barrage aux « erreurs » véhiculées par le scientisme et le positivisme. Pour y répondre, le diocèse de Coimbra, dirigé par l’évêque D. Manuel Correia de Bastos Pina (1830-1913), qui dispose d’une solide formation juridique, ouvre dès 1879 une chaire de philosophie thomiste au sein de son séminaire, puis une Académie Saint-Thomas d’Aquin, avant de lancer un périodique en 1883, Instituições Christãs, où collaborent enseignants du séminaire et professeurs de la Faculté de théologie.