Saint Thomas d’Aquin : Être encore

Emmanuel Falque
8,00 € l'unité
2025 - Tome CXXV 2025 - Fascicule n°4
125
CXXV
Décembre 2025
4
2025
595 - 620
Article
Thomas d'Aquin

Résumé

Après le dépassement de la métaphysique et l’accusation d’ontothéologie contre Thomas d’Aquin, vient maintenant le temps de réhabiliter l’être. Mais loin de l’exhausser uniquement vers l’acte d’être (Gilson), ou de le penser au-delà de l’essence (Marion), il s’agit au contraire de passer par l’étant, et donc par le monde, pour atteindre Dieu. L’analogie, le singulier, et enfin l’être, seront les chemins pour nous (pro nobis) pour atteindre Dieu, en guise de traits d’une nouvelle lecture de Thomas d’Aquin où la finitude est assumée plutôt qu’oubliée. Il s’agit d’en finir avec la « transcendance de surplomb » (Merleau-Ponty). Et tel est ce que l’Aquinate vient, comme par avance, enseigner à la phénoménologie.

Extrait

« Qu’y a-t-il de nouveau dans les aventures de l’être ? » Pas grand-chose depuis que le débat autour de l’« acte d’être » (Gilson), du « Dieu sans l’être » (Marion), ou du « Dieu avec l’être » (Dubarle), semble définitivement clos, résolu ou dépassé. Les rétractations des uns et des autres, après des luttes fraternelles, sinon fratricides, paraissent avoir définitivement réglé la question. Ainsi le philosophe Jean-Luc Marion d’avouer : « Sans doute, si l’on s’en tient aux caractères de l’onto-théologie telle que Heidegger l’a définie, Thomas d’Aquin n’en relève pas, pas plus qu’au sens strict il n’appartient à la metaphysica. » Et le dominicain Serge-Thomas Bonino de conclure de façon unanime : « Il est impossible de considérer le Moyen Âge comme une période monolithique tout entière sous le signe de l’onto-théo-logie. » Bref, tout donne à penser qu’il n’y a plus rien à dire donc, et même plus rien à faire, après trente années d’une discussion âpre et mouvementée, dont aucun soubresaut ne semble l’avoir revivifiée, sinon de justes études historiques pour en préciser la portée.