Une étude comparée du Contra errores Graecorum et de sa source présumée, le Liber de fide Trinitatis ne saurait faire abstraction du contexte politico-religieux. L’empereur byzantin Michel Paléologue et le pape Urbain IV essaient de préparer l’union des Églises dans les années qui précèdent le Concile de Lyon II (1274), avec, au centre des questions, le Filioque, la primauté, les azymes et le purgatoire. Les nombreuses sources patristiques convoquées montrent que les « Grecs » mentionnés dans le titre sont les hérétiques. Cependant, sans doute en l’absence de traductions, Thomas n’avait qu’une connaissance limitée de la pneumatologie des Pères, et le Contra errores Graecorum est pour lui l’occasion d’une réflexion sur son statut de « moderne ».
Le propos de cet article sera limité, parce qu’une première lecture du traité Contra errores Graecorum peu connu, ou du moins peu étudié, ouvre beaucoup de portes, dans l’œuvre même de Thomas, mais plus encore dans tout un pan de l’histoire de la division entre l’Église d’Orient et l’Église d’Occident, — on s’en tiendra cependant à la période entre le concile de Latran IV (1215) et celui de Lyon II, convoqué en 1274.Commençons donc par quelques remarques nécessaires sur le traité :– Nous disposons du texte établi par le frère dominicain H.-F. Dondaine, dans le tome XL de l’édition léonine, publié en 1969. Sur les 51 manuscrits du traité qu’il a pu répertorier, Dondaine a collationné les principaux pour l’édition ; pour le Liber de fide Trinitatis, qui apparaît comme la source du traité de Thomas, Dondaine l’édite à la suite du Contra errores Graecorum à partir du seul manuscrit connu. L’ensemble de l’introduction et l’appareil critique des références scripturaires et surtout des sources, identifiées ou non, des œuvres patristiques citées par Thomas (on y reviendra plus loin) sont des plus précieux...