Le caractère, effet ecclésial des sacrements ?

Guillaume Sebaux
8,00 € l'unité
2022 - Fascicule n°4
122
CXXII
Décembre 2022
4
2022
667 - 700
Article
caractère sacramentel

Résumé

L’insistance d’une partie des théologiens au XXe siècle à définir le caractère en particulier et la res et sacramentum d’une manière générale comme étant l’effet ecclésial des sacrements a pu faire oublier que la grâce, orientant aussi l’agir du sujet du sacrement vers son prochain, possède une dimension ecclésiale qui n’est pas d’abord une conséquence de son lien avec la res et sacramentum et comme imprimée par celle-ci. Cette étude se propose de voir comment dans chaque sacrement on peut discerner un effet communautaire ou ecclésial pour ensuite tenter de qualifier la relation entre le caractère et la grâce et en retirer une intelligence plus affinée de la triple instance sacramentelle issue de la théologie médiévale.

Extrait

Certains théologiens soutiennent plus ou moins fermement que le caractère sacramentel constitue l’effet communautaire ou ecclésial du sacrement. La grâce sacramentelle constituerait alors le pendant personnel du sacrement comme « effet religieux de grâce ». Cette vision se fonde, nous allons le voir, sur la définition du caractère comme signum potestativum qui députe le chrétien au culte, mais qui peut selon les interprétations, soit confisquer la dimension communautaire du sacrement, soit l’attribuer en propre et comme en amont par rapport à la grâce. La première position peut être qualifiée d’« exclusive », c’est celle du P. Schillebeeckx, que l’on peut retrouver de manière implicite chez le P. Jean-Hervé Nicolas. La deuxième position peut être qualifiée d’« antérieure » ou de « principale », c’est celle du P. Revel qui affirme :


Bien entendu, la grâce a aussi une portée ecclésiale et communautaire. Mais précisément comme nous venons de le dire, la grâce sacramentelle n’est pas reçue sans le caractère, et il y a une certaine « antériorité » du caractère sur la grâce, qui fait que le premier oriente et qualifie la seconde. Il ne faudrait donc pas dire que la grâce est une affaire purement et exclusivement personnelle. Ce qu’il faut dire, c’est que la grâce sacramentelle reçoit du caractère la dimension sociale et ecclésiale qui appartient en propre à celui-ci et y ajoute l’acceptation et la prise en charge personnelles de cette dimension ecclésiale.