Bonum naturae, peccatum naturae et malum naturae dans la Summa theologiae et le De malo de saint Thomas d’Aquin

Philippe-Marie Margelidon o.p.
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2022 - Tome CXXII 2022 - Fascicule n°2
122
CXXII
Juin 2022
2
2022
241 - 264
Article

Résumé

Le vocabulaire de la nature est paradoxal. Il y a un bien de nature (bonum naturae), comme il y a un mal de nature (malum naturae) : un bien de nature avant le péché et un bien de nature après le péché, comme il y a un mal de nature avec le péché de nature. La nature humaine est à la fois le sujet d’un bien, mais aussi d’un double mal, de coulpe et de peine : le péché de nature (peccatum naturae) et la mort qui est à la fois secundum naturam et contra naturam. On peut parler d’un double état paradoxal de la nature humaine dans l’histoire du salut chez saint Thomas d’Aquin.

Extrait

« Le péché originel est le péché de toute la nature humaine », à ce titre il est dit péché de nature (peccatum naturae). En conséquence, la nature humaine est corrompue (corrupta), disons diminuée ou blessée en ses opérations, parce qu’elle est atteinte d’un mal de nature (malum naturae). Or il y a un bien de nature (bonum naturae) et un mal de nature (malum naturae).La nature est un concept dont le contenu paradoxalement renvoie et à un bien et à un mal. La nature humaine n’existe pas en soi, elle ne se réalise pas métaphysiquement à l’état de nature pure, en bien ou en mal, mais toujours selon deux états existentiels distincts, le premier avant le péché et le second après le péché, ou encore on dira que la nature humaine en Adam est en état de grâce ou sans grâce, corrompue. Ces différents états impliquent une axiologie de la nature humaine. Nous examinerons ici une triade d’expressions récurrentes chez saint Thomas, tout à fait centrale quand on parle des « états de la nature » : bonum naturae, peccatum naturae et malum naturae.