Thomas d’Aquin, Joachim de Flore et la théologie de l’histoire

François Daguet, o.p.
5,00 € each
2016 - Fascicule n°2 2016 - Tome CXVI
2016
211 - 233
Article
Joachim de Flore, Théologie de l'histoire, Thomas d'Aquin

Résumé

À plusieurs reprises dans ses écrits, saint Thomas se réfère, explicitement ou implicitement, aux thèses tenues par Joachim de Flore ou ses disciples. En contredisant, parfois sévèrement, les thèses joachimites, Thomas dévoile sa conception de l’histoire, qui s’inscrit dans une perspective théologique, celle d’une économie du salut réalisée définitivement dans le Christ. Ainsi, ce sont surtout les principes d’une théologie de l’histoire qu’il propose, sans pour autant disqualifier les approches contemporaines d’un regard philosophique sur l’histoire, qui relèvent d’une autre démarche, qui ne fut pas honorée à son époque.

Extrait

Comment se situer dans le déroulement du temps, dans le grand mouvement de l’histoire du monde ? Quelles lumières la Révélation judéo-chrétienne  apporte-t-elle ?  C’est  pour  avancer  quelque  réponse à cette question incontournable que les Pères de l’Église ont, très tôt, discerné différentes étapes du temps, lues à la lumière de la Révélation. Dès la première patristique, on a eu coutume de distinguer trois âges, ou états, ou règnes successifs dans l’histoire de l’humanité, associés par appropriation à chacune des personnes divines : le règne du Père, pour le temps de la création, celui du Fils, inauguré dès la chute d’Adam et Ève, celui de l’Esprit enfin, consécutif à l’œuvre rédemptrice, correspondant donc au temps de l’Église, jusqu’à la fin des temps. En ajoutant la gloire, qui n’est pas un temps, on aboutit à un schéma de base en quatre périodes, qui a connu d’innombrables variantes selon les raffinements et précisions qui lui étaient apportés. Chez saint Augustin, ce schéma en trois temps se double d’un partage du temps de la rédemption en six âges, le dernier étant celui de la seconde venue du Christ et correspondant au déclin du monde, puisque aboutissant à l’entrée dans la gloire. À l’époque patristique, les doctrines qui, comme le millénarisme et le montanisme, affirmaient la venue d’un temps terrestre de rédemption avant l’entrée dans la gloire, furent dénoncées comme hérétiques.