Existence et vérité : nom et verbe dans l’Expositio libri Peri hermeneias de Thomas d’Aquin

José Ángel García Cuadrado
5,00 € l'unité
2006 - Fascicule n° 3 2006 - Tome CVI
355 - 392
Article
existence, verite, Verbe, nom, expositio libri peri hermeneias, saint Thomas d'Aquin

Résumé

Le Peri hermeneias d’Aristote traite de l’énonciation et de la vérité qui s’y manifeste. Le commentaire thomasien de ce texte célébre met en particulier en lumière les traits communs et les différences entre ces deux parties essentielles de l’énonciation que sont le nom et le verbe, et il précise leurs relations. Il a le mérite d’interpréter Aristote par Aristote et de dépasser une approche purement grammaticale, linguistique ou logique en mettant au jour les présupposés gnoséologiques et les doctrines métaphysiques qui seuls permettent de rendre pleinement raison de l’analyse aristotélicenne et de la conception de la vérité impliquée dans le jugement et véhiculée par le langage.

Extrait

Martin Heidegger a consacré au Peri hermeneias une partie fondamentale de son cours de logique sur « le problème de la vérité », donné à Marburg durant le semestre d’hiver de l’année 1925-1926. Dans ce cours, le penseur allemand regrettait que la logique moderne se soit développée comme une science purement formelle, détachant totalement le langage de sa référence à l’être. Heidegger attribuait l’origine de cette séparation à l’interprétation donnée par la pensée occidentale au Peri hermeneias : elle a élaboré un concept naïf de vérité comme concordance de la pensée avec l’étant, comme si la vérité consistait en ce que les représentations de l’âme imitent quelque chose d’extérieur. Ainsi, la vérité se réduirait finalement à la simple relation des éléments qui intègrent l’énonciation, indépendamment de sa connexion avec les choses elles-mêmes. Dans la perspective heideggerienne, la vérité consiste dans le dévoilement de l’être, qui n’a aucun opposé possible, au contraire de ce qui est proposé dans la doctrine propositionnelle du Peri hermeneias. Cette critique du traité aristotélicien est-elle pertinente ?