Cet article examine le développement du thomisme juridique dansle monde hispanique durant la seconde moitié du xxe siècle, en se concentrant sur l’Espagne et l’Amérique latine. Il détaille l’influence du thomisme à travers les ordres religieux (notamment les dominicains et les jésuites) et le monde universitaire, avec des figures majeures comme Juan Vallet de Goytisolo et Francisco Elías de Tejada. Contrairement à la France, cette tradition thomiste n’a pas connu d’interruption en Espagne et s’est maintenue grâce au traditionalisme politique et religieux, plutôt que par une protection politique du régime franquiste.
Si, dans la culture catholique en général, le XIXe siècle a été le siècle de la restauration du thomisme, dans la culture juridico-politique française en particulier, c’est plutôt le XXe siècle qui l’a été. Cela est dû, d’une part, à Michel Villey (1914-1988) et à ses disciples Michel Bastit (1951), Guy Augé (1938-1994) et François Vallançon (1943-2022). Et, d’autre part, au catholicisme traditionaliste de Jean Madiran (1920-2013) ou du Belge Marcel De Corte (1905-1994). Je sais qu’il s’agit de deux sources différentes et en partie opposées, comme Guy Augé l’a clairement expliqué à Madrid en 1972 dans sa très importante communication à la première Conférence hispanique sur le droit naturel. Mais pour les objectifs qui nous intéressent aujourd’hui, il convient de les mentionner toutes deux, car elles sont, d’une certaine manière, complémentaires.