La réception de saint Thomas dans les codifications canoniques de 1917 et de 1983

Bernard Callebat
8,00 € l'unité
2025- Fascicule n°2 2025 - Tome CXXV
125
CXXV
Juin 2025
2
2025
325 - 359
Article
droit canonique

Résumé

Le XXe siècle a vu la parution de deux codifications majeures dans l’Église catholique latine, en 1917 et en 1983. On peut y repérer dans chacune d’entre elles des marques thomistes au titre de l’enseignement déterminant de saint Thomas d’Aquin, comme interprète authentique de la théologie du droit canonique. Cette herméneutique, qui contribua à un effort d’exégèse juridique, fut cependant le lieu de controverses, de résistances et de réserves lors des travaux préparatoires, de la part de théologiens et canonistes qui entendaient promouvoir une nouvelle vision positiviste du droit ecclésial. Il faudra toute
l’autorité de la Curie romaine, lors de la première codification, puis celle du pape Jean-Paul II, dans la seconde, pour imposer toujours l’Aquinate comme maître de pensée de la science canonique.

Extrait

Le XXe siècle est marqué à la fois par le renouveau des structures dans l’Église latine dont témoignent les multiples codifications canoniques de 1917 et de 1983, et par un essor intellectuel qui, préparé dès le XIXe siècle, culmine dans ce que l’on a appelé, le néo-thomisme. Concordance de deux mouvements importants dans l’histoire des institutions ecclésiales, qui ne sont pas sans lien, et sans action réciproque. D’un autre point de vue, il n’est guère possible d’intégrer ces deux codifications, sans se reporter aux courants qui ont animé, voire opposé, théologiens et canonistes depuis la période post-tridentine jusqu’aux temps modernes. La compréhension de l’héritage thomiste et sa réception dans les deux législations ont été largement dépendantes de la perspective ecclésiologique développée après les conciles Vatican I et Vatican II, « au prix d’une sécularisation de l’Église, conçue comme un sujet transpersonnel, et de son droit, devenant la loi édictée par le législateur suprême, dans le contexte positiviste et rationaliste du temps ». Les affrontements et querelles sur l’autorité de saint Thomas lui-même, avec leurs résonances pratiques, furent nombreux et souvent profonds, mettant à jour la crise interne affectant durablement les relations nouées entre la théologie et la métaphysique ; au moins, jusqu’à la veille de la codification de 1917, « grâce au renouveau néothomiste du XIXe siècle, l’héritage de Thomas d’Aquin a encore étendu son influence sur la vie juridique de l’Église. Entre le néo-thomisme, la philosophie du droit et le droit, il y a une totale congruence théorique dans la formulation du code canonique et du système juridique catholique stabilisé à l’époque de Léon XIII ».