Définition : action

1. L’action s’oppose à la passion (couper/être coupé), elle est un accident advenant à une substance (première), elle est un des neuf prédicaments. Pour saisir ce qu’elle signifie, on doit partir d’une analyse du mouvement et distinguer trois aspects. En premier, l’action désigne un acte, l’acte commun de l’agent et du patient, qui arrive dans le patient comme sujet du mouvement (l’acte unique du coupeur et du coupé, dans le coupé). Ensuite, selon sa notion (ratio), l’action est l’acte en tant qu’il tire son origine de (ab) l’agent (couper vient du coupeur). Enfin, l’action est un mode d’être accidentel de l’agent (le coupeur est coupant = en train d’exercer l’acte de couper). La particularité de cet accident est qu’on ne peut le dire de quelque chose qu’à cause de ce qui arrive hors de cette chose, par dénomination extrinsèque : c’est en regardant le coupé être coupé qu’on attribue l’action de couper au coupeur (il est actuellement coupant). Cf. In III Phys., l. 5. Saint Thomas a étendu cette analyse de l’action dans le mouvement à tous les processus, de sorte que de manière générale l’action est un mode d’être consistant à être principe. Elle signifie donc une quiddité, un « ce que c’est » prédiqué d’une chose, et c’est pourquoi on ne peut la confondre avec l’opération, qui signifie non pas une quiddité mais un acte. Cette distinction, rigoureuse chez Thomas, est originale et décisive pour comprendre sa pensée, notamment face à la tendance, dominante après Thomas, à faire de l’action une catégorie coextensive à l’existant.

2. L’action est dite transitive (transiens) quand elle se termine en dehors de l’agent et modifie, ou perfectionne si elle est une opération, un autre que lui (comme couper ou peindre). Cette action transitive se définit comme une communication de l’actualité de l’être agissant (ou agens) à un patient (soumis à une action, modifié par elle), elle consiste à causer l’acte dans un autre ou à faire passer l’acte dans un autre. L’action est spécifiée par son objet (le couteau coupe, ou incise, ou tranche, selon ce pour quoi on l’utilise), et son terme l’effet extérieur au sujet qui agit. Toute action transitive suppose une puissance active dans l’agent, qui est appelée vertu (virtus) lorsqu’elle est parfaite, c’est-à-dire comme principe de l’action.

3. L’action est dite immanente (immanens) lorsque son terme est dans le sujet qui agit et le perfectionne lui-même (comme penser ou vouloir). Elle est une actualisation du sujet lui-même par lui-même, et c’est pourquoi elle est propre aux vivants (cf. De pot., q. 10, a. 1, resp.). L’action immanente déclenche l’action transitive comme dans l’acte humain (action volontaire et libre) où la première, intérieure, (comme de penser, vouloir et se déterminer), commande la seconde, (faire ou effectuer un acte extérieur). Cf. ST, Ia, q. 37, a. 1, ad 2. L’action morale qui caractérise l’acte humain volontaire et libre est donc radicalement immanente, elle est de l’ordre de l’agir (agere), tandis que l’action « technique » (l’art au sens général du mot) est transitive, elle est de l’ordre du faire (facere).

Voir Philippe-Marie Margelidon, Yves Floucat, Dictionnaire de philosophie et de théologie thomistes, p. 33-34.