Marie Guyart de l’Incarnation : “Autrement moderne”

Actualités
8-10 juin 2022
Séminaire Français de Rome : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Rome
Colloque Marie de l'Incarnation
Fondements théologiques et dimensions prophétiques d'une 'vie selon le Christ'

Marie Guyart de l’Incarnation (1599–1672) s’est vu attribuer des titres prestigieux : « Mère de l’Église en Canada » (Jean Paul II), « Apôtre des Amériques » (pape François) ; et sa sainteté a été reconnue par l’Église (2014). Marie Guyart a retenu l’attention de théologiens aussi importants et différents que Bossuet et Fénelon, Charles Journet et Henri de Lubac, Albert Deblaere et Charles André Bernard. Pourtant cette femme de l’aube de la modernité, mystique et missionnaire, n’a pas écrit de traité de théologie et s’est encore moins présentée comme théologienne.

Cependant Marie de l’Incarnation, qui reconnaissait elle-même la facilité qu’elle avait de s’« énoncer sur les mystères de notre sainte foi » (Relation de 1654, § XXXVIII), a reçu, et de manière remarquable, les trois « faveurs » dont parle sainte Thérèse d’Avila (Autobiographie, chap. XVII, 5) : celles de recevoir la communication divine, d’en avoir la pleine intelligence, et de pouvoir aisément l’exprimer et l’interpréter. Marie Guyart va jusqu’à parler à ce propos de « science expérimentale d’amour » (Relation de 1654, § XIX). Aussi, reconnaissant à l’expérience de Dieu, tant mystique que missionnaire, son statut cognitif, il est dès lors possible d’entreprendre une lecture théologique de ce que Marie de l’Incarnation a vécu, de cette « privauté d’un Dieu d’Amour » (Relation de 1654, § XXII) qui a valeur de témoignage, dans toute la force johannique du terme, et ce à travers des écrits qui, dans leur étonnante justesse d’expression, non seulement disent mais participent de la grâce reçue.

C’est cette perspective résolument théologique – mais pas exclusivement – que les membres du CUEG (Cercle universitaire d’Études guyartiennes) ont voulu honorer en organisant ce colloque, en cette année du 350e anniversaire de la mort de Marie Guyart de l’Incarnation, survenue à Québec le 30 avril 1672. Les communications présentées embrassent un vaste champ théologique, de la théologie spirituelle à la théologie fondamentale, en passant par la théologie biblique, si structurante chez Marie de l’Incarnation, et sans exclure l’anthropologie du sujet croyant. L’approche est souvent contextualisée et comparatiste. Les intervenants cherchent en effet à rendre compte à la fois de la singularité de l’expérience atypique de Marie Guyart et de ce que cette même expérience renferme d’éléments communs à toute vie chrétienne, et ce en raison même des multiples états de vie qui furent ceux de Marie Guyart, épouse et mère, laïque dans le monde et religieuse cloîtrée, enseignante et missionnaire.
Des questions aussi importantes et actuelles que la vocation commune des baptisés, les fondements d’une ecclésiologie de communion, les sources de l’élan évangélisateur, la place de la femme dans la vie et la mission de l’Église, et l’identité chrétienne elle-même, sont ici abordées, à la lumière de ce qu’a vécu Marie de l’Incarnation, cette femme « autrement moderne » dont la vie nous apparaît toujours plus prophétique.

Cette rencontre de type académique veut être aussi un moment de vie ecclésiale, fait d’échanges et de convivialité, propices à l’émergence d’intuitions inexplorées pour un regard théologique renouvelé sur cette femme hors normes dont la sainteté est pourtant donnée comme modèle à l’Église de notre temps par le pape François.

Comité organisateur


Père Vincent Siret (Séminaire pontifical français, Rome)
Thérèse Nadeau-Lacour (UQTR et Université Laval, Québec)
Hélène Michon (MCF [HDR] Littérature du XVIIe siècle, Université de Tours-CESR, France)
Dom Thierry Barbeau (Abbaye Saint-Pierre, Solesmes, France)