Cette étude opère une première cartographie des eaux dans l’œuvre théologique de saint Thomas d’Aquin. Il s’agira de montrer comment ses connaissances physiques, essentiellement tirées d’Aristote, ont servi son intelligence de l’eau comme vestige de Dieu et l’ont aidé à résoudre des questions difficiles, comme celles, par exemple, qui touchent à la nature des eaux décrites dans le premier récit de la création dans la Genèse ou du type d’eau que le ministre peut utiliser dans le sacrement du baptême. Mais c’est surtout dans l’interprétation des métaphores scripturaires que sa réflexion sur les propriétés entitatives et opératives de l’eau a produit son meilleur fruit.
Lorsque Paul Claudel, dans Les trois premiers jours de la Genèse, s’interroge sur les eaux primordiales sur lesquelles l’Esprit de Dieu s’est porté, « comme la pensée d’un artiste sur son ouvrage », il propose, pour se faire une idée de leur nature, de considérer les eaux matérielles qui tombent sous nos sens :
Car c’est dans les œuvres visibles de Dieu que ses œuvres invisibles trouvent encore leur meilleure explication, et l’autorité même de l’Écriture nous y convie en désignant parfois d’un même nom les unes et les autres. Nous avons plus de chance de trouver la vérité en nous servant des documents ouverts à notre inspection et en recourant à l’auteur même, qu’en nous fixant à notre seule imagination.
La méthode décrite par le poète suit de près celle que Thomas d’Aquin a adoptée pour comprendre les eaux dont parlent les Écritures et que l’Église emploie dans ses mystères. Thomas dispose à ce sujet des données de son expérience et de connaissances physiques, principalement tirées d’Aristote, en grande partie aujourd’hui dépassées mais que l’on aurait tort de négliger tant au plan historique que doctrinal. Présenter d’une manière satisfaisante les principaux acquis de cette lecture excéderait les limites d’un simple article mais nous tenterons néanmoins un résumé en sept points.