Propos conclusifs : saint Thomas d’Aquin et la pensée juridique

Jean-Baptiste Donnier
8,00 € l'unité
2025 - Tome CXXV 2025 - Fascicule n°3
125
CXXV
Septembre 2025
3
2025
481 - 490
Article
Thomas d'Aquin

Résumé

Le colloque « Thomisme et droit, huit siècles d’histoire » a mis en évidence le dialogue constant entre la tradition thomiste et la pensée juridique. Les présents propos conclusifs s’interrogent sur les raisons de cet intérêt réciproque et proposent d’y voir la conséquence de la prise en considération, par saint Thomas d’Aquin, de la pensée des juristes sur le jus, ce qui permet l’élaboration d’une authentique philosophie du droit, à la fois fondée sur la réalité concrète du jus des juristes assimilé au τό δίκαιον d’Aristote et ouverte sur une perspective théologique.

Extrait

Le thème général du colloque, « Thomisme et Droit. Huit siècles d’histoire », situe le cadre de la réflexion dans une perspective historique qui pourrait sembler de prime abord doublement réductrice : d’abord en risquant de reléguer le thomisme dans l’histoire ; ensuite en pouvant donner l’illusion de ramener à une unité factice la diversité des thomismes. Or, non seulement les communications présentées ont déjoué ce double écueil, mais elles ont révélé les riches potentialités de cette perspective historique. En envisageant le thomisme dans l’histoire, on le fait apparaître non comme une simple école philosophique ou théologique, mais comme une tradition. Celle-ci, comme toute tradition, est un organisme vivant, qui laisse proliférer toutes sortes d’expressions diverses mais qui revient périodiquement à sa source. Le thomisme a pu de la sorte donner naissance, selon les temps et les lieux, à des développements très divers, voire opposés. Il y eut des « thomistes contrariés » et des « pseudo-thomistes », mais ces appellations elles-mêmes manifestent que ce sont bien les textes de saint Thomas qui constituent toujours la référence à partir de laquelle sont qualifiées les différentes expressions d’un thomisme certes protéiforme mais qui se définit toujours par rapport à la pensée de saint Thomas. Certains thomistes ont pu s’éloigner de cette pensée, mais le thomisme y revient toujours, fut-ce en intégrant des synthèses nouvelles, comme l’avait fait saint Thomas lui-même.