L’influence de saint Thomas d’Aquin sur la doctrine juridique d’Azpilcueta : L'exemple des consilia et responsa

Cyrille Dounot
8,00 € l'unité
2025 - Tome CXXV 2025 - Fascicule n°4
125
CXXV
Décembre 2025
4
2025
691 - 707
Article
Thomas d'Aquin, droit

Résumé

La riche œuvre canonique de Martin de Azpilcueta s’inscrit parfaitement dans le sillage des théologiens-juristes de la seconde scolastique espagnole. Ses consultations (Consilia et responsa, 1590) font abondamment appel à la doctrine de saint Thomas d’Aquin, en matière philosophique (causalité, nécessité, ignorance), théologique (sacrements, usure, anathème) ou même juridique (loi, coutume, justice). Azpilcueta cite fréquemment l’Aquinate, au-delà de tout autre auteur, et se sert d’une multitude de textes (Somme, Sentences, opuscules, commentaires bibliques). Fin connaisseur de l’œuvre du Docteur commun, le Docteur navarrais est assurément, malgré quelques divergences de vues, un canoniste et un moraliste thomiste.

Extrait

Martin de Azpilcueta (1492-1586) évoque à plusieurs reprises dans ses ouvrages la « grande piété et singulière dévotion » qu’il conçut durant ses études en droit à Toulouse, d’abord envers la bienheureuse Vierge Marie, honorée spécialement à l’université tous les samedis, ensuite à l’égard de saint Thomas d’Aquin. Il ajoute explicitement que « son corps est honoré partout avec une grande piété, et il est vénéré à Toulouse dans le couvent réformé des Dominicains, où nous l’avons nous-même très fréquemment adoré, et nous avons fait l’expérience de son aide afin de ne pas errer ». Le juriste navarrais explique que son adhésion à la doctrine du « très érudit et non moins saint homme et merveilleux enseignant saint Thomas d’Aquin » se tire non seulement de sa « doctrine plus mûre que celle d’un autre théologien (plus que celle d’Alexandre de Halès, Docteur irréfragable, ou celle de Duns Scot, Docteur subtil) », mais surtout « parce que son génie et la majorité des canonistes s’accordent à dire que sa doctrine est convenable et précise » et enfin « par respect, parce qu’à son intercession, après que j’aie visité son très saint corps à Toulouse et vu la bulle d’or de l’approbation de sa doctrine, j’ai reçu beaucoup de grâces de Jésus-Christ, mon très aimé et très cher Dieu et Seigneur ».