Bulletin de théologie du politique (I) : Sur la notion de loi naturelle

François Daguet o.p.
8,00 € l'unité
2025 - Tome CXXV 2025 - Fascicule n°4
125
CXXV
Décembre 2025
4
2025
745 - 758
Bulletin
loi naturelle, theologie politique

Résumé

Bien qu’elle soit le plus souvent ignorée ou contestée dans sa réalité, la doctrine de la loi naturelle, telle qu’elle est exposée notamment chez Thomas d’Aquin, est l’objet d’une attention renouvelée. Plusieurs ouvrages ou études récents s’y réfèrent ou sont consacrés à cette notion dont la science politique semble bien ne pouvoir faire l’économie.

Extrait

Si l’on excepte l’approche anglo-saxonne de la New theory of natural law, la notion de loi naturelle est un parent pauvre, abandonné ou décrié des doctrines contemporaines, qu’elles relèvent de la philosophie ou de la théologie. Pour n’évoquer que cette dernière, on sait qu’elle n’est pas mentionnée dans les textes du concile Vatican II — même si on en retrouve le contenu traditionnel — et qu’il faut attendre l’encyclique Veritatis splendor de Jean-Paul II (1993) et son contemporain le Catéchisme de l’Église catholique (1992) pour qu’elle retrouve place officielle dans l’enseignement magistériel de l’Église. En effet l’évolution des sociétés contemporaines a rendu nécessaire la remise en lumière de ce fondement immémorial de la morale et de la politique, dont les sociétés libérales entendent de plus en plus explicitement s’affranchir. On se souvient que, dans ce contexte, et face aux conséquences de ce bouleversement de l’ordre social et politique, la Congrégation pour la Doctrine de la foi a demandé à la Commission théologique internationale de publier un document sur le sujet. Ce document, À la recherche d’une éthique universelle. Nouveau regard sur la loi naturelle (2009), réhabilite la loi naturelle comme principe d’une éthique naturelle, susceptible d’être partagée par tous les humains, quelle que soit leur appartenance culturelle. Pour autant, la dimension proprement politique de la loi naturelle n’est que peu développée, lorsque celle-ci n’est pas érigée en instance de jugement d’un ordre politique donné. Il est donc opportun de redécouvrir le rôle politique de cette notion, si développé dans la théologie de Thomas d’Aquin. Pour nourrir ce dossier, on évoque ici trois ouvrages 
de genres différents. Les deux premiers sont de Pierre Manent, qui s’est spécialement attaché, depuis plusieurs années, à scruter l’évolution des sociétés libérales contemporaines, dans un premier ouvrage de 2018, puis récemment dans un court opuscule qui synthétise ses conclusions, et qui se réfère à la doctrine de saint Thomas. C’est précisément cette doctrine qui fait l’objet du troisième ouvrage, écrit par Don Jean-Rémi Lanavère à partir de la thèse qu’il a rédigée sous la direction de Pierre Manent à l’École des Hautes Études en Sciences sociales. Ces trois ouvrages replacent la doctrine thomasienne de la loi naturelle au cœur des réflexions actuelles sur l’organisation des sociétés politiques.